• Jean-Marc Zulesi

RAPPORT D'INFORMATION SUR LA RÉHABILITATION DE L'ÉTANG DE BERRE


Après un an de consultations, d’auditions et de rencontres de terrain, j'ai présenté ce mercredi 23 septembre, le rapport d’information pour la réhabilitation de l’étang de Berre en commission du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire.


En tant que rapporteur, je suis fier du travail mené par l'ensemble de la mission d'information. Nous avons ainsi pu formaliser vingt propositions visant à améliorer la qualité des eaux de l’étang de Berre. Ces propositions s’articulent autour de cinq problématiques majeures :


1. La limitation des rejets de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas

Cette centrale rejette 1,2 milliard de mètres cubes d'eau douce par an, ce qui contribue au mauvais état écologique de la lagune.

« Qui aujourd'hui peut se payer le luxe de rejeter autant d'eau douce dans un étang salé plutôt que de travailler à la revalorisation de cette ressource précieuse ? »

Cette centrale hydroélectrique constitue une source d’énergie renouvelable de pointe, il ne faut pas la fermer mais travailler main dans la main avec les élus locaux, les citoyens et EDF pour que nous soyons en capacité de valoriser ces eaux et limiter par exemple les rejets à 600 millions de mètres cubes.

  • Proposition n°1 : Repenser et moderniser les aménagements hydroélectriques de la chaîne Durance-Verdon (étudier la possibilité d’aménager des micro-centrales sur les canaux existants et réactualiser l’étude sur le projet de dérivation des eaux rejetées par la centrale de Saint-Chamas)

  • Proposition n°2 : Réduire les quotas d’eau douce et de limons rejetés dans l’étang de Berre et améliorer l’information et la transparence sur la gestion des rejets. Instaurer un comité de suivi de la trajectoire de réduction.

  • Proposition n°3 : Prévoir une obligation de curage du bassin de décantation de Cadarache. Étudier l’opportunité de l’octroi du statut de déchet aux boues.

  • Proposition n°4 : Mener une étude de faisabilité de la transformation de tout ou partie de l’usine de Saint-Chamas en station de transfert de l’énergie par pompage afin de limiter les rejets tout en exploitant au maximum de sa capacité cette usine.


2. La réouverture du tunnel du Rove à la courantologie

Au vu de l’impact important qu’aurait la réouverture à la courantologie du tunnel sur le canal du Rove et, potentiellement, sur l’étang de Bolmon, la mission soutient ce projet. Il ne lui appartient toutefois pas de se prononcer sur son calibrage. En revanche, dans le contexte actuel de réduction des consommations d’énergie, il ne paraît pas opportun de créer un système permanent de pompage qui devra être alimenté sur le long terme.

« Rouvrir à la courantologie ce tunnel, c'est apporter de l'eau salée dans un milieu qui a besoin d'un renouvellement des eaux. En outre, le tunnel doit absolument être consolidé pour ne pas fragiliser les habitations qui s'y situent. »
  • Proposition n°5 : Rouvrir le tunnel du Rove à la courantologie par l’intermédiaire d’un percement sous-marin accompagné d’un clapet anti-retour éventuellement aidé d’un système de pompage.

  • Proposition n°6 : Prévoir, au sein du prochain contrat d’étang, un plan d’investissements spécifique pour la réhabilitation de l’étang de Bolmon.


3. La réduction des apports en nutriment des bassins versants

Ces bassins versants, notamment au niveau de l'Arc et de la Touloubre, ont des conséquences néfastes sur l'étang de Berre. D'une part, en période de pluie, les pluies lessivent les sols et les polluants se déversent dans l'étang de Berre. D'autre part, ces eaux contiennent des quantités trop importantes de phosphores.

« Notre volonté est d'accompagner l'ensemble des élus locaux dans la modernisation des stations d'épuration. Des efforts ont déjà été faits mais il faut aller plus loin et traiter convenablement le phosphore. »
  • Proposition n° 7 : Fixer un objectif quantitatif de rejets de nutriments (azote et phosphore) dans l’étang de Berre de manière à prioriser les actions de réduction des rejets.

  • Proposition n° 8 : Renforcer la mise en œuvre de la police de l’eau et créer des dispositifs de lutte contre la pollution par temps de pluie (désimperméabilisation et bassins de stockage).


4. Le développement de solutions fondées sur la nature pour restaurer les équilibres écologiques

Les solutions fondées sur la nature constituent des pistes prometteuses pour la réhabilitation de l’étang de Berre. Elles ne reposent pas sur une logique d’artificialisation supplémentaire mais, au contraire, visent à la fois l’amélioration de la qualité des eaux et la poursuite d’autres objectifs écologiques ou économiques. Il en va ainsi du développement d’une filière de culture des coquillages et de valorisation des algues, de la réimplantation des zostères dans l’étang ou encore de la conversion à l’agriculture biologique.

« Mettre en place ce type de dispositif, c'est travailler avec la nature et faire en sorte qu'elle soit notre alliée. »
  • Proposition n°9 : Favoriser le développement d’une filière conchylicole et mytilicole au sein de l’étang de Berre ainsi que le développement des activités de pêche déjà présentes autour de l’étang.

  • Proposition n°10 : Accompagner le développement local d’une filière de valorisation des algues.

  • Proposition n°11 : Massifier la politique de réimplantation des zostères dans l’étang de Berre de manière à atteindre 1 500 hectares de zostères d’ici 2035.

  • Proposition n°12 : Accompagner les conversions des agriculteurs du bassin versant à l’agriculture biologique ou raisonnée.

  • Proposition n°13 : Poursuivre les acquisitions de terrains sur le pourtour de l’étang par le Conservatoire du littoral dans une optique foncière mais surtout de conservation de patrimoine et de la biodiversité.


5. L’amélioration de la gouvernance de l’étang

Il apparaît nécessaire de revoir profondément la gouvernance de la réhabilitation écologique de l’étang de Berre. Il s’agit d’un préalable à la recherche de financements pour les projets de réhabilitation de l’étang. Le nombre d'acteurs qui travaillent sur ce sujet est trop important ce qui rend la gouvernance peu lisible.

  • Proposition n° 14 : Désigner une instance intercommunale unique responsable des travaux et actions afférents à la réhabilitation de l’étang de Berre, soit par la refonte du GIPREB, soit par la désignation de la métropole.

  • Proposition n° 15 : Élaborer un schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) dédié à l’étang de Berre.

  • Proposition n° 16 : Créer une instance pérenne de coordination rassemblant les différents acteurs et chargée d’élaborer et de piloter la mise en œuvre des contrats d’étang.

  • Proposition n° 17 : Associer de manière pérenne la société civile organisée et les citoyens à la gestion de l’étang de Berre.

  • Proposition n° 18 : Créer, en lien avec le GIPREB, une « zone atelier » de manière à coordonner les productions scientifiques portant sur l’étang de Berre.

  • Proposition n° 19 : Faire de l’étang de Berre un lieu exemplaire de mobilisation des financements innovants de CDC Biodiversité dans le cadre du prochain contrat d’étang. Mobiliser et orienter une partie des financements du plan de relance vers la réhabilitation de l’étang.

  • Proposition n° 20 : Mobiliser activement les financements européens dans le cadre du prochain contrat d’étang.


Ces solutions sont globales, pragmatiques et surtout concertées avec l'ensemble des acteurs du pourtour de l'étang de Berre.