• Jean-Marc Zulesi

TRIBUNE : LE JOUR D'APRÈS APPARTIENT À CHACUN




TRIBUNE


Depuis plus de deux mois la France retient sa respiration, presque à l’arrêt, elle fait son deuil et panse ses plaies en attendant de reprendre son souffle. Nous avons perdu des proches, des amis. Nous avons aussi pu voir l’extraordinaire dévouement des personnels soignants et la force de notre solidarité que ce soit en allant au travail pour garantir la continuité des activités essentielles à notre pays, en confectionnant des masques ou simplement en aidant un voisin en difficulté.


Chacun aspire désormais à retrouver le cours de sa vie. Le virus est toujours là, il laissera une cicatrice durable. À peine apercevons nous l’issue de la crise sanitaire que nous nous engageons dans une crise économique. Demain ne sera pas simple. Mais notre Nation a toujours su se relever. L’heure n’est pas au pessimisme mais à l’espoir, sans angélisme mais avec pragmatisme.


La crise, le confinement remettent en perspective nos échelles de valeur et nous invite à questionner les fondements de notre société. La pandémie nous montre que notre société a atteint ses limites, aussi bien dans la consommation de l’espace et du temps, que des ressources nécessaires à chacun pour vivre dignement. Par sa viralité, par sa virulence, le Covid19 a finalement fait imploser des modèles économiques et sociaux déjà proches du point de rupture.


Au cours des dernières décennies, notre société a fonctionné sans but commun. De manière paradoxale, la lutte contre le virus nous a rassemblé pour la première fois depuis longtemps autour d’un même objectif. À l’heure du déconfinement, nous sommes nombreux à souhaiter que le jour d’après soit différent. Nous devons nous réinventer, reconstruire ensemble les bases d’un projet collectif qui transcende les intérêts individuels.


La période qui s’ouvre nous offre l’opportunité unique de bâtir ensemble un nouveau cap, une société plus altruiste. Cela suppose d’interroger le sens de nos actions, de remettre en question nos décisions individuelles et collectives, à la lumière des défis qui nous font face. Il s’agit de redonner sens à ce qui fait de nous une société, une communauté d’êtres humains liés par un dessein commun. En voici humblement, quelques grands piliers :

  • Démocratisons la transition écologique, la lutte contre le réchauffement climatique. Pour être durable, notre avenir doit fédérer tous les citoyens. Chacun doit y trouver sa place. La transition écologique doit être à la portée de tous. Elle doit rassembler l’ensemble des énergies du pays. L’écologie et l’économie ne s’opposent pas, tout comme l’agriculture durable et l’agriculture productive. L’une comme l’autre ouvre des opportunités complémentaires, permettant de construire un autre modèle de société.

  • Relocalisons nos activités. Sans renier notre modèle social qui aujourd’hui permet de protéger les plus modestes dans cette crise, soyons en capacité de faire de notre Nation, la terre d’accueil de l’industrie et des compétences de demain. Ne nous leurrons pas, la compétitivité restera un facteur important de ce défi. De ses centres de formations à ses universités, de ses ouvriers à ses entrepreneurs, la France a des atouts de taille, capitalisons sur cet incroyable potentiel.

  • Faisons de la santé l’axe d’investissement prioritaire de l’après-crise. Notre hôpital public est une fierté nationale. Donnons-lui les moyens de sortir grandi de cette crise. La rémunération des soignants, l’investissement dans du matériel et des infrastructures de qualité, le maillage territorial des établissements de santé, rien ne doit être négligé. La santé n’a pas de prix mais n’a jamais été aussi précieuse.

À l’heure où la défiance vis-à-vis de l’État n’a jamais été aussi forte, où chaque parole politique est remise en cause, redonnons de l’oxygène à nos instituions. Nos politiques publiques doivent être plus efficaces, plus proches des territoires. La démocratie représentative n’a pas vocation à s’éteindre mais elle doit retrouver sa crédibilité et pour cela se réinventer. La Parlement doit être plus fort, plus réactif et s’appuyer sur la richesse de la démocratie participative. Les citoyens veulent une place plus grande dans la prise de décision, donnons-leur c’est leur droit.


Contrairement à ce que beaucoup voudraient nous faire croire, ce n’est pas seulement par l’État, par la Loi, par la contrainte que le changement peut s’opérer. Bien sûr les responsables politiques ont une responsabilité immense. Ils devront demain prendre la mesure des changements historiques à mettre en œuvre et seront jugés sur leurs résultats. Mais aucun changement n’est durable s’il est totalement contraint. C’est pourquoi le jour d’après appartient à chacun. Il ne s’agit pas de se rejeter les responsabilités mais de les assumer ensemble et d’être porteur de solutions et d’actions.


Les citoyens par leurs choix du quotidien, les entrepreneurs, les décideurs politiques à tous les niveaux. Chacun de nous a un rôle à jouer en faisant de cette exigence le critère essentiel de leurs décisions. Soyons audacieux. Construisons ensemble un projet de société durable et résilient, plus juste et plus utile car c’est à l’aune de ce défi immense que l’histoire jugera notre génération.