• Jean-Marc Zulesi

TRIBUNE : POUR L'INTERDICTION "RAPIDE ET RÉALISTE" DU GLYPHOSATE


Stop ou encore ? Ce mercredi 25 octobre 2017, l'Union européenne doit se prononcer sur la prolongation (ou non) de l'autorisation d'utiliser le glyphosate, un pesticide popularisé sous le nom de Roundup par la firme américaine Monsanto.


Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, avec 53 députés de la majorité, je demande l'interdiction de ce produit dangereux pour l'être humain et destructeur pour la planète, tout en accompagnant les agriculteurs dans cette transition.


LA TRIBUNE : Nous, députés de La République en marche, demandons une interdiction de la commercialisation du glyphosate et de son utilisation le plus rapidement possible. Nous estimons que ce produit nocif, aujourd’hui largement utilisé, doit être abandonné.


La France votera contre le renouvellement de son utilisation pour dix ans et nous nous félicitons de la position responsable de notre pays. À présent, nous demandons aux pays membres de l’UE, qui doivent se prononcer le 25 octobre, de soutenir cette orientation.


Tout en accompagnant les agriculteurs


Sortir du glyphosate, tout en accompagnant comme il se doit les agriculteurs dans cette transition, dans un calendrier court et réaliste, est un bon compromis. Lors du vote en 2016, la France s’était abstenue. Nous attendons aujourd’hui une prise de conscience et de responsabilité forte de notre pays.


En France, huit mille tonnes sont pulvérisées chaque année. Plusieurs études sérieuses et étayées, dès 2015, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’ont classé comme substance « cancérogène probable ». Il y a donc urgence. Voter contre pour préserver notre santé : aujourd’hui, il est impossible de ne pas respirer ou ingérer du glyphosate. Il est partout dans notre alimentation sans même que nous le sachions. C’est une véritable question de santé publique. Par exemple, bien qu’interdite en France depuis les années 2000, la dessiccation serait pratiquée par certains : une semaine avant la récolte, l’usage serait de pulvériser sur certaines céréales et légumineuses le glyphosate et ses adjuvants.


Préserver notre écosystème


Voter contre pour notre planète : ces substances n’affectent pas uniquement les mauvaises herbes contre lesquelles on les utilise. Le glyphosate perturbe la vie des sols sauvages, aquatiques, la biodiversité et met en péril tout notre écosystème.


Voter contre pour accompagner notre agriculture : parmi les défenseurs du glyphosate, l’argument qui revient en boucle est qu’il évite les passages mécaniques avant la mise en culture suivante. C’est effectivement le cas. Mais que voulons-nous vraiment ? Continuer dans un système totalement dépendant des produits chimiques et qui arrive à bout de souffle – un système qui rend les agriculteurs asservis à l’agro-industrie –, ou alors inventer une agriculture d’excellence, qui combine qualité nutritionnelle, respect de l’environnement et santé publique ? Au sommet de l’Etat, le choix du bon sens a déjà été fait.


5 milliards d'euros pour moderniser l'agriculture

Réduire progressivement l’usage des pesticides est un engagement d’Emmanuel Macron, rappelé lors des Questions Au Gouvernement à l’Assemblée Nationale par le Premier ministre, Édouard Philippe. Le Gouvernement a d’ailleurs déjà adopté des mesures fortes pour impulser une dynamique. Un effort conséquent a été fait : cinq milliards d’euros sur cinq ans dans la modernisation agricole. Ces crédits doivent servir entre autres à aider les agriculteurs à s’équiper d’outils alternatifs pour trouver enfin une alternative à l’utilisation du glyphosate. Il est de notre devoir d’accompagner les agriculteurs dans cette transition.


De nombreux agriculteurs se passent déjà de glyphosate en le remplaçant par la rotation des cultures, un choix d’espèces adaptées ou des faux semis, couverts végétaux adaptés… Les alternatives sont déjà à notre portée et d’autres sont encore à développer.


La France, une nation pionnière et visionnaire


La qualité et la réputation de l’agriculture française ne sont plus à démontrer. Beaucoup de pays nous l’envient. L’interdiction du glyphosate ne ferait que renforcer cette image et lui apporterait une véritable valeur ajoutée. En complément de la mission interministérielle, une mission d’information avec 18 parlementaires est constituée au sein de l’Assemblée Nationale pour proposer des solutions de sortie.


Voter contre au nom des valeurs de la France : soyons à la hauteur de l’enjeu et de l’attente des Français en prenant cette décision historique. Préservons les futures générations. Aidons nos agriculteurs et replaçons notre nation dans le rôle qu’elle a toujours eu, celle d’une nation pionnière et visionnaire. Nous, députés de La République en marche, appelons à un vote responsable, respectant la santé de tous.


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